Midi-Libre : Édition du lundi 2 novembre 2009 SociétéPrès de 470 000 habitants du Languedoc-Roussillon vivent sous le seuil de pauvretéA l’approche de l’hiver, au bord du fossé qui se creuse entre riches et pauvres, des bataillons de bénévoles se mobilisent de plus belle, pour aider les plus démunis à se nourrir, à s’habiller, à se loger. Le manque de logements sociaux et d’hébergement d’urgence met aussi de plus en plus de monde à la rue, même des travailleurs : selon la Fondation Abbé Pierre, un SDF sur trois va au boulot le matin. Au total, selon l’Insee, plus de 8 millions de Français, dont 470 000 en Languedoc-Roussillon, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Petits retraités, femmes seules avec enfants, ou familles unies dans la galère… Comment font-ils pour joindre les deux bouts ? Petits portraits dans la précarité.
Même dans la mouise, ils ne hissent pas forcément l’étendard de la vindicte publique. Avant de croire aux lendemains qui chantent, il faut survivre au quotidien. Et rien ne saurait les priver de petits bonheurs, savourés à la hauteur des privations. Cévenole de 46 ans, la mise soignée, Nadine (prénom d’emprunt) est divorcée depuis dix ans. Dans son carré de jardin, elle se repose d’une journée de travail à La Poste, soigne ses pensées et ses chrysanthèmes, tout en faisant bouillir la marmite pour ses deux fistons, 12 et 17 ans. « Certains jours, seule la souffrance vous remplit. Le plus dur est de garder le moral. Je fais le clown avec mes enfants, je ris avec les copines. La seule façon de se sentir vivant est de se battre au jour le jour. Le papa ne verse pas de pension alimentaire, même s’il gagne 1 700 € par mois. Quand il y a garde alternée, les juges estiment que les enfants sont aussi bien chez l’un que chez l’autre… »
Factrice depuis vingt ans, elle gagne 1 100 € net, touche 123 € d’allocations familiales. Charges mensuelles : loyer (700 €), gaz (135 €), électricité (30 €), eau (25 €), cantine des enfants (130 €), 250 € de taxe d’habitation… Reste à peine 200 € par mois pour manger à la maison, s’habiller, se déplacer avec une vieille 205… « Le plus lourd, c’est d’avoir un toit sur la tête. Etant fonctionnaire, vu mes revenus, je ne pouvais rester en HLM qu’avec un surloyer de solidarité de 40 %. »
Pour le même prix, elle a une maisonnette en ville de 70 m2, avec le jardinet où niche un setter irlandais, cadeau de mamie. Une fois par semaine, elle retire un colis alimentaire au Secours populaire gardois : un poulet ou des carrés de cabillaud, compotes, riz au lait, huile et lait… Elle paie le tout 2,50 € : « Normal qu’on participe, ça dépanne bien. Mais quand on a un travail, c’est humiliant de se retrouver à faire la queue avec des SDF, même si je suis de tout cœur avec eux, et même s’ils me prennent pour une resquilleuse ! »
Pour la cantine du petit, elle espère une bourse. « Les gens au RSA sont mieux aidés que les travailleurs pauvres, ont plein de trucs gratuits, pour les soins, la cantine, les vacances des enfants ». Nadine se serre les coudes avec cinq autres mamans divorcées, au RSA ou travaillant à temps partiel pour s’occuper des enfants. « On s’échange habits et meubles, on se rend service. L’une est coiffeuse, trop âgée pour être recrutée par un salon. Une autre à des mains de fée pour coudre. Une mise en pli contre un ourlet… Moi, j’aide à remplir des papiers. C’est un troc amical, une chaîne de solidarité. »
Sa hantise est le pépin. Comme l’accident de la route qui lui fit perdre six mois de salaire : « Pour faire face à mes 75 % de surendettement, j’ai pris un crédit revolving. Un simple coup de fil et vous avez le chèque le matin dans la boîte. Mais avec 22 % d’intérêt, l’enfer ! Pourtant, c’était pas pour acheter un écran plat, mais pour manger. Ne pouvant rembourser que 10 € par mois au lieu de 200 €, on m’a déclarée en faillite individuelle, la Banque de France a annulé ma dette. Ce type de crédit devrait être interdit ». Au cinéma, Nadine n’a rien vu depuis Les Choristes, en 2004. Seule sortie, une fois par mois, dans un dancing : « Avec les copines, on y va un peu avant minuit, quand ça devient gratuit pour les femmes. Pour boire, on emporte une bouteille d’eau ». Depuis dix ans, elle n’est pas partie en vacances, mais explose de rire : « Au moins, on n’a pas besoin de faire garder le chien en été ! » Georges MATTIA
LE CHÔMAGE FLAMBE DANS LA RÉGION Voilà qui va écorner « le bon bilan » de Georges Frêche à la Région. L’ANPE vient de communiquer les chiffres des demandeurs d’emplois. Depuis un an, ils sont en progression de 17,8 % en Languedoc-Roussillon ! Soit l’un des plus mauvais scores de toutes les régions françaises. source : Direct Montpellier - édition du jeudi 15 octobre 2009
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Édition du dimanche 20 septembre 2009 Martine Petitout « À Montpellier, on dépense sans compter »
Élue d’opposition et présidente de l’association des contribuables de l’Hérault
Vous fustigez la politique fiscale de la Ville de Montpellier... Et comment : le taux de la taxe foncière est le plus élevé de France, pour la taxe d’habitation on est dans le peloton de tête des grandes villes. À Montpellier, on dépense sans compter avec la bénédiction de l’État qui a transféré une partie du plan de relance du pays sur les collectivités locales. En 2008, 73 % de la dépense publique est assumée par ces mêmes collectivités. À Béziers, on invente une taxe d’agglomération et à Montpellier, c’est l’inflation au niveau des taux.
C’est plutôt positif de soutenir l’investissement ? Oui, surtout en tant de crise, mais pas à tort et à travers. On se sert du prétexte de la crise avec des hausses qui perdureront bien après la crise pour faire des dépenses inutiles.
Lesquelles ? La grande mairie à 140 M€ minimum, le palais des Archives départementales, la Panacée, où il n’y avait pas de caractère d’urgence. On prend des architectes de renom, alors que ce n’est pas le moment. Montpellier est une ville pauvre avec un taux de chômage parmi les plus élevés de France. Seulement 31 % des ménages sont propriétaires de leur résidence principale. La ville n’a pas les moyens des ambitions de ses décideurs locaux. Bilan : les classes moyennes qu’il faudrait conserver à Montpellier même s’échappent à l’extérieur ou arrivent à bénéficier de logements sociaux.
Que préconisez-vous ? Réduire la dépense. Mais pour cela, il faut une volonté politique. À Montpellier, la ville augmente ses frais de 6 à 7 % par an. Une progression de 2,5 % serait suffisante pour accueillir la nouvelle population. Il faut limiter l’investissement au strict nécessaire pour rendre un service public de bonne qualité. Il y a trop de compétences croisées qui génèrent du gaspillage. Il faut passer à la fusion ou à la suppression des départements. L’action sociale pourrait être décidée au plan communal et les grands équipements (routes, collèges...) à la Région.
On économiserait les indemnités des élus mais le président du conseil général dit que cela ne représente que 0,075 % du budget total ? Mais il faut ajouter les privilèges, les frais de bouche, les voyages, les déplacements, bref, tous les avantages. La multiplication de la dépense publique ne la rend pas forcément plus efficace. Or, elle se doit de l’être.
Vous êtes au conseil municipal mais désormais en marge de l’UMP de Jacques Domergue ? Je le suis depuis longtemps car je défends les contribuables pas l’UMP. Je soutiendrai l’UMP quand ils réformeront l’administration. Quand un même barème de taxe d’habitation et de taxe foncière s’appliquera partout en France. Pourquoi paye-t-on plus d’impôt à Montpellier qu’à Neuilly ? Je ne parle même pas de l’échelle européenne. Il faut, à l’image de la déclaration des Droits de l’homme, une égalité des citoyens devant l’impôt.
On explique qu’à Montpellier, les impôts locaux servent à accompagner l’attractivité et la croissance de la ville ? Cela n’enlève pas les dépenses de prestige. Élus et fonctionnaires ne sont pas là pour parader mais pour rendre un service. Et à Montpellier, le service rendu n’est pas toujours de qualité : au regard de la saleté de la ville, de l’insécurité, du peu de rénovation des façades…
Quelle est votre explication sur le taux de fiscalité ? Par le clientélisme. Contrairement à la taxe foncière, payée par tous les propriétaires, la taxe d’habitation n’est, elle, payée que par 35 % des ménages montpelliérains qui y sont assujettis. Les dégrèvements et les exonérations totales sont compensés par l’État. La Ville n’a pas de manque à gagner en surtaxant une population plutôt qu’une autre. Qui en bénéficie ? C’est la clientèle de la ville, une population de gauche qui bénéficie d’un parti redistributif. Et que faut-il dans une ville pauvre ? Des services et beaucoup de logements sociaux, des loisirs et des foires.
Vous expliquiez récemment chez l’un de nos confrères préférer la gestion de Frêche à celle de Mandroux ? Frêche est parti en 2004 sans laisser de dette. Aujourd’hui, la Ville est endettée et en progression dangereusement. En 2009, on en est à 150 M€. C’est de l’impôt pour demain, pour nos enfants. Que voulez-vous ? Ils ne sont ni sages ni vertueux. Ils s’en moquent car leurs électeurs sont exonérés de ces taxes. Recueilli par Y. POVILLON
Édition du mercredi 28 janvier 2009 Montpellier ne met pas en place le service minimum Non, la Ville de Montpellier ne mettra pas en place un service minimum d'accueil (SMA) dans les écoles, demain, comme l'exige la loi. D'abord parce qu'une ordonnance du tribunal administratif lui a accordé un délai pour se mettre en conformité. Le temps que l'énorme machine montpelliéraine (120 écoles) puisse s'adapter au desiderataé gouvernementaux. Mais surtout parce que l'ampleur de la grève de demain ne devrait pas le permettre : « Nous n'avons pas la possibilité technique de mobiliser en 48 h, 1 100 encadrants nécessaires comme l'exige les ratios du gouvernement », explique Jean- Louis Gély, l'adjoint aux affaires scolaires, qui appelle toujours le gouvernement à revoir sa copie, sinon « on restera dans l'impasse technique les jours de grève. On ne peut pas mobiliser une petite armée d'un claquement de doigt ou alors on fait semblant d'appliquer le SMA. On prendrait des risques inutiles pour les enfants. »
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